Sara H. Danguis

Texte

« Solitude : douce absence de regards »
Milan Kundera, L’Immortalité.

            Il s’agit d’« un carnet intime », pétri de questionnements existentiels. Il s’agit d’une forêt, issue de souvenirs d’enfance, empreinte d’une inquiétante étrangeté. Il s’agit de plans resserrés sur les courbes d’un corps mélancolique, sur des visages prompts à l’effacement… Mais la matière soigneusement travaillée de chacune de ses peintures leur offre pourtant une consistance bien réelle, refusant la pure et simple sensation anxiogène.
            Dans la série La Salle de bain, on croit percevoir, peut-être, des traces rouges (du sang ?). Réchauffant la froideur des tons, elles peuvent paradoxalement dégager une certaine violence. « C’est cette ambiguïté qui m’intéresse, confirme Sara. H. Je voulais des traces récurrentes, des parties vivantes en opposition du vide de l’ensemble. » Le vide… L’absence, donc. Ce que La Fontaine définit comme « le plus grand des maux » transperce, avec une affectueuse cruauté, au travers de l’œuvre de Sara. H.
            La salle de bain est un lieu intime par excellence, un lieu où le nu est monnaie courante, comme l’eau qui s’écoule d’un robinet au gris désespérant. Le repli y est parfois nécessaire, voire salvateur, comme le décrit Jean-Philippe Toussaint dans La Salle de Bain : « Je restais allongé dans la baignoire tout l’après-midi, et je méditais là tranquillement, les yeux fermés, avec le sentiment de pertinence miraculeuse que procure la pensée qu’il n’est nul besoin d’exprimer. »
            A contrario, la pensée s’impose ici avec une discrétion furtive. La « reproduction du quotidien » évoquée par Sara. H s’énonce par la déconstruction physique d’elle-même. Elle malmène alors le topique de l’autoportrait, en dissimulant des morceaux ici, ou en les exhibant là.
            Sara. H parle de fil conducteur, de témoignage. Témoigner de soi pour se détacher d’autrui ; malgré la dissimulation d’un visage, la tension d’un buste ou la versatilité des couleurs, traces des fêlures portées par Sara. H. Et par chacun de nous – en secret.

Sophie Rosemont